des-mots-sans-bruit

(biblio-blog)

Dimanche 21 juin 2009 à 11:57

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Colette, Le blé en herbe.

Le livre nous rapporte l'histoire de deux enfants qui vont grandir d'un seul coup durant l'été, un coup brutal et douloureux, et qui vont découvrir un amour plus réel que leurs illusions d'enfants, ils vont grandir tous les deux par des chemins différents mais qui aboutissent au même point. Ce livre a réussi à réveiller ma misandrie qui a le sommeil très léger il est vrai et qui une fois debout est plutôt féroce. Le personnage masculin, Phil, est un abruti fini. Non, pire que ça, c'est une immonde enflure stupide. Non, pire que ça encore : c'est un garçon de 16 ans. Je sais, c'est moche, ça ne devrait pas exister, mais que voulez vous, on a pas encore de vaccin malheureusement, il parait qu'il faut faire avec. Ce qui est problématique avec les ados mâles (si peu mâles en réalité) c'est qu'ils ont beau être ce que la terre porte de plus méprisable, de plus laid, stupide et écœurant, ils sont absolument persuadés du contraire, ne peuvent d'ailleurs pas envisager la possibilité de l'éventualité que peut être un autre point de vue que le leur puisse exister, ils sont, individuellement, l'incarnation de l'égocentrisme, de l'orgueil. Certains restent ados jusqu'à la fin de leur vie, mais ça je ne peux pas vous dire ce que j'en pense car les appels à la haine et à la violence sont punis par la loi. Bref, je dévie, revenons au personnage, Phil, qui, comme tous ceux de son âge, grisé par la séduction qu'il commence à peine à découvrir, a besoin de se sentir homme (quelle illusion !) et pour ce faire, joue avec les sentiments de la fillette sa camarade de jeux depuis l'enfance, amour-vanité, ce qu'il y a de plus haïssable au monde, il la rend amoureuse de lui pour se sentir aimé, et, pour ne pas trop culpabiliser d'être un salaud, il se persuade vaguement qu'il l'aime aussi.
Seulement il va à son tour tomber sur une femme qui va l'ensorceler, le faire sortir de l'enfance (hum hum) et puis disparaître, le laisser tomber d'un coup. C'est donc dans la douleur que Vinca et Phil grandissent en l'espace de quelques semaines et portent un regard rétrospectif plutôt amer sur leur innocence. L'écriture de Colette, que je n'avais jamais lu encore, nous porte vraiment, on reste avec le souffle suspendu mot après mot, l'histoire est très prenante, précise, elle va à l'essentiel, la façon de centrer le récit sur les personnages est assez formidable, et le jeu féminin / masculin tout le long du livre est aussi fin qu'intéressant. Ce livre est très plaisant, je l'ai beaucoup aimé, il est subtil et décrit à la perfection les personnages et leurs sentiments, au point que parfois c'est difficile de lire ça tellement on retrouve des choses qu'on ressent, qui nous correspondent intimement. Un excellent livre, et je n'ai aucun reproche à faire, aucun défaut.

Mardi 16 juin 2009 à 11:45

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John Steinbeck, La perle.

Dans un village de pécheurs plus que pauvres, Kino découvre un jour la perle la plus grosse du monde, celle qui devrait permettre de soigner son fils, de lui assurer une vie meilleure que la sienne, bref, de répandre le bonheur et la lumière. Mais bien sûr, c'est l'inverse qui se produit, la perle corrompt tout et tout le monde, et bientôt le bonheur simple et délicieux qui ouvre le livre est rendu impossible. L'écriture est extrêmement simple, elle est comme le bonheur et la vie des personnages ; d'une beauté naturelle, elle ne cherche pas d'effets, ne tente pas de rajouter ou de souligner le tragique ou le pathos, elle est limpide, ce qui accroche véritablement le lecteur. On est moins innocents que les personnages, on pressent plus distinctement le pouvoir de corruption de la perle, mais pourtant on ne peut s'empêcher d'espérer jusqu'à la fin, ou en tout cas, on suit fébrilement page après page les mouvements des trois personnages dans ce livre trop court. C'est un livre qui fait battre le cœur un peu plus vite et qui laisse une réelle impression, sans doute pas impérissable, mais on garde au moins le souvenir d'un délicieux moment de lecture. Plutôt qu'un roman, c'est une grosse nouvelle, merveilleusement bien menée. A lire absolument, c'est délicieux et ça ne vous prendra pas longtemps.
 

Lundi 15 juin 2009 à 13:33

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Hermann Hesse, Le loup des steppes.

Il y a quelques années déjà que je me disais qu'il faudrait que je lise ce livre. A cause de easy rider. Mais si, pour la musique, Born to be wild. Comment quel rapport ? Mais enfin c'est évident, le groupe qui chante ça s'appelle Steppenwolf qui s'écrit pareil en allemand et qui veut dire loup des steppes ! Tout simplement. Résultat, j'aime mieux la musique que le livre. Il nous rapporte l'histoire d'un homme qui se décrit lui même comme un loup des steppes, un misanthrope un peu sauvage tiraillé entre son moi sociable de culture bourgeoise et le loup cynique et né pour être sauvage. Il a de plus en plus de mal à supporter la situation et il voudrait bien se suicider, mais ce pauvre chéri a peur de la mort, ce qui pose quand même un petit problème et ce pour quoi il se déteste d'ailleurs encore plus. Mais c'est alors qu'il rencontre une jeune femme qui va lui apprendre à vivre en harmonie avec lui même, ou en tout cas l'amener vers ce but. C'est clairement un roman d'apprentissage pour ce personnage déjà grisonnant et pourtant profondément ado, empreint de romantisme, se posant des problèmes existentiels gentillet, bref, un bon ado moyen et pour cette raison relativement irritant. C'est long. Très long et ça démarre lentement, une fois que c'est parti, ça va mieux, mais il faut un peu se forcer. Je n'ai pas du tout accroché, je n'ai pas compris l'enjeu et l'intérêt de la mise en abîme de l'auteur et de l'écriture, c'est répétitif, un peu simplet et surtout complètement halluciné, pourtant, je ne peux pas non plus dire que ça soit nul. Ça m'aurait peut être pas déplu si je l'avais lu à quatorze ans, mais là, j'ai eu du mal. Si vous avez le choix, je vous conseille plutôt de regarder le film The Wall qui n'a à peu près rien à voir mais auquel j'ai pensé en lisant certaines petites choses et qui lui est génial, moins long, et plein de bonne musique en plus.

Samedi 13 juin 2009 à 9:34

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Vercors, Le silence de la mer.

Si j'ai pioché ce livre, c'est parce qu'il avait autant de chance de me passionner que de me décevoir. A cause du film, celui de 2004, avec Galabru. J'ai énormément aimé le film, il m'a ensorcelé soufflé, retourné, j'en aurais chialé je crois si j'avais été seul devant ma télé (et s'ils avaient juste coupé la dernière scène un peu faible du film). Et cette actrice, mince, cette actrice ! Celle qui joue Jeanne. D'abord elle est belle, belle comme il y a pas de mot pour le dire, ça tombe bien, et en plus son jeu est absolument parfait, ce que je ne dis pas souvent. Elle n'est pas seule, tous les acteurs sont très très bons d'ailleurs. Rarement je suis ému comme je l'ai été devant ce film.
Du coup le livre, soit il était aussi bien et c'est alors un chef d'œuvre, soit lu alourdit l'histoire, en fait trop et il est décevant. Eh bien ni l'un ni l'autre. Il est en réalité complètement différent. D'abord et au passage, précisons que c'est le premier ouvrage édité par les éditions de Minuit, rien que pour ça ça vaut le coup, et en général, quand un bouquin est édité chez eux, on sait que ça sera pas de la merde. C'est un groupement de récits courts dont le premier est Le silence de la mer et les autres ont pour seul lien la période d'occupation. Justement, c'est un peu ça qui m'effrayait, les récits de guerre et même tous ceux qui se déroulent durant cette période, on en a bouffé jusqu'à s'en rendre malade, et il faut bien dire même si c'est pas de bon ton, c'est quand même vrai, quand on en a lu trois, c'est bon, on a tout lu, ils se ressemblent tous affreusement, on les croirait écrits par la même personne. Mais là non. Pas une seconde dans ce livre on a l'impression de relire un texte mille fois lu. Le premier texte, le silence de la mer donc, est écrit du point de vue de l'oncle, ce qui m'a un peu déstabilisé au début mais qui est en fait une très bonne idée. Il ne fait que quelques pages et est assez puissant, mais à mon avis largement moins que le film. Werner, l'Allemand notamment est un peu simple, il m'a pas mal déçu, mais dans l'ensemble le texte est bien et agréable à lire, même les plus difficiles dans le contenu d'ailleurs, il n'y a jamais besoin de se forcer pour lire, l'écriture est très entraînante. Toutefois, j'y préfère de loin ce film magnifique qui, pour moi, sans mots, même en coupant le son rend beaucoup mieux la richesse des personnages, de la situation et de "la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent". Les autres textes sont tous plus simples, ils n'ont pas la même richesse quand même assez exceptionnelle de ce premier, ils sont un peu inégaux, mais tous ont une certaine force, c'en est parfois à la limite du supportable, et ce sans jamais avoir une écriture ennuyeuse, c'est à la fois très facile et très dur à lire. Je pense que c'est un livre qu'il faut lire, mais ne prévoyez pas trop de vous amuser à la lecture, ni même de trouver une triste mais jolie histoire d'amour, elle est beaucoup plus sous entendue dans le livre que dans le film. Film que vous devez absolument voir, il est formidable, mais je vous met en garde, que vous soyez une fille ou un garçon, vous allez tomber amoureux de Julie Delarme et de son interprétation du personnage. Le livre et le film sont différents et l'un ne remplace pas l'autre, il faut avoir vu et lu les deux.

Vendredi 12 juin 2009 à 9:16

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Jean Anouilh, Le voyageur sans bagage suivi de Le bal des voleurs.

Voilà un livre que j'avais envie de lire depuis un bout de temps, ce que j'en savais me laissait penser qu'il était très intéressant, et je n'ai pas été déçu ! La pièce Le voyageur sans bagage nous donne à voir un homme, Gaston, retrouvé amnésique après la première guerre et qui viens de passer quinze ans bien tranquille dans un asile jusqu'à ce que quelques personnes trop bien intentionnées se persuadent qu'il serait beaucoup plus heureux s'il retrouvait la mémoire et cherchent donc à tout prix à faire son "bonheur" sans lui demander son avis. Lui se laisse faire, il suit et fait ce qu'on lui dit. La pièce représente sa visite dans l'une des familles qui prétend être la sienne (beaucoup de familles ont eu des disparus pendant la guerre, donc beaucoup de candidats, et de plus, Gaston a une certaine fortune grâce à sa pension d'invalidité qui dort depuis 15 ans). Il est donc accompagné, ou en réalité poussé par une dame patronnesse parodique qui a bon espoir de lui faire retrouver la mémoire et surtout de le caser dans une bonne famille de grands bourgeois. Personne ne se soucie et même ne peut comprendre que lui vit très bien sans mémoire, personne ne veut le laisser être heureux comme ça. Il se retrouve donc dans cette famille de grands bourgeois et on lui parle du fils disparu qu'il est peut être. Il découvre alors à travers tout ce qu'on lui en dit que ce fils était un vrai fumier, un pourri cruel, méchant, le dernier des salauds, bref, une vraie ordure, et ceux qui l'entourent, à leur façon, ne sont pas beaucoup mieux. Il se découvre des obligations, des engagements par rapport à cette mémoire et est en situation de subir les conséquences de ce que celui qui était avant lui et lui est aujourd'hui totalement étranger a fait, il se voit le devoir de respecter ses engagements qu'il ne se souvient pas avoir pris et qui le dégoûtent, d'avoir des remords pour ses actes. Il se sent pris au piège par une mémoire qu'on lui impose et qu'on lui prouve finalement être la sienne, pourtant il arrivera à choisir une mémoire neuve, de repartir à zéro et donc de se fabriquer un avenir non conditionné par une fin inattendue et heureuse que je ne vous dévoile pas. Le texte est à la fois très profond et très drôle, on nous donne à rire autant qu'à réfléchir, c'est à dire beaucoup. La pièce parvient à la fois à nous surprendre, nous amuser et nous intéresser. Et puis vraiment, c'est du théâtre, on voit la pièce jouée, je me la suis montée sans problème dans ma tête, c'est extrêmement vivant. Cette pièce est formidable, un vrai joyau, à lire absolument, jetez vous dessus.

Souvent quand il y a deux pièces dans un livre, la seconde est moins bonne, voire médiocre. Celle-ci est effectivement moins géniale que la première, mais enfin il serait bien dommage de la sauter. Ce qu'elle a de moins, c'est la profondeur, la grande intelligence de la première. Par contre, elle est très très drôle, c'est une grosse farce (bon, disons une bonne comédie plutôt), elle est aussi très théâtrale dans le sens où on se la représente parfaitement, en lisant j'ai imaginé la pièce avec mon propre casting d'acteurs et une multitude de mises en scènes différentes. J'ai été très amusé par cette histoire de manipulations, de combines idiotes et d'amour, ponctuée d'une bonne dose d'absurde. Un excellent divertissement, et comme la précédente, une écriture vraiment plaisante et pas du tout vieillie. Je suis très satisfait de ce livre qui a comblé mes attentes pourtant grandes !
 
(que d'articles positifs à la suite ! Il est rare d'avoir de si bonnes périodes de lecture !)

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