des-mots-sans-bruit

(biblio-blog)

Lundi 28 décembre 2009 à 12:13


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Henry Bauchau, Antigone

Ce qui est sûr à propos de ce roman, c'est que c'est bien un Bauchau, on reconnaît son écriture qui a une charge poétique immense, qui est d'une beauté illimitée. Trop même. Son écriture est d'une douceur infinie, même dans la violence extrême, ce qui lui confère plus de force encore, dans l'amour ou la colère. Mais tout ça c'est trop, trop de délicate beauté, trop de douceur, et beaucoup trop de poésie, on en est écœuré ! Très rapidement, au bout de quelque phrases, ça semble forcé, on sature vite, les figures de styles, tournures images, tout ça, c'est trop, ça ne veut plus rentrer. Et souvent je trouve (là, si ma prof de poésie tombe sur cet article, je sais que le lendemain, elle me pète les genoux à coup de batte de cricket, et la plupart des critiques lui donneront raison, mais peu importe, je donne ici mon avis personnel) que ses images et ses procédés son affreusement grossiers ! Oui, je les trouves épais, simplistes, et parfois, soyons honnêtes, dignes d'une rédaction de cinquième. Si si si. C'est trop gros, trop facile, et aussi trop constant, trop répété dans ce ton d'une infinie douceur. Il n'y a aucune variation, trop de beauté du début à la fin, ça ne peut pas tenir, la voix d'Antigone est lassante.
Parlons en de cette voix. A aucun moment dans le livre le lecteur n'entend la voix d'Antigone ou des autres personnages qui prennent la parole, seule celle de Bauchau est présente, j'avais un peu l'impression que l'histoire était un prétexte, parce qu'il faut bien un contenu. Mais ça, je conçois que ça puisse être une qualité (ma prof de poésie serait en transe), c'est la voix de l'aède qui porte la chanson et l'enrichit de cette façon, je n'aime pas trop, mais d'accord, c'est intéressant, c'est vrai. Ce qu'il y a par contre, là où ça m'a plus gêné, c'est que Bauchau prend le parti de faire entièrement porter la narration par Antigone, et même quand un autre personnage parle pendant tout un chapitre, on a l'impression que c'est entendu à travers Antigone, et à la longue, cet unique point de vue est assez limité. Mais surtout, ça a un rôle pour Bauchau qui doit vouloir complexifier un peu le personnage, donner à sentir ses émotions et états d'esprit dans ce qui se passe, apporter une réelle épaisseur au personnage, lui donner une sensibilité et la rendre humaine.
Malheureusement, en fait de sensibilité, c'est de la sensiblerie que Bauchau montre. Antigone devient devant nous une pauvre chose sans aucune force, dans une introspection constante, beaucoup trop de spirituel pour l'histoire, il transforme Antigone en une espèce de chochotte qui ne choisit rien, ne peut rien, est là comme par hasard, ne comprend rien à ce qui se passe et geint.
Et en même temps, pour ce qui est de la rendre humaine, c'est raté. Il fait presque de l'héroïne une super-héroïne, un être exceptionnel doué de pouvoirs à la limite du surnaturel, ce qui fait évidemment perdre beaucoup de force au personnage d'Antigone dont la beauté vient du fait que justement elle est presque n'importe qui, elle est tout le monde. Tout est idéalisé à l'extrême, y compris le personnage d'Antigone qui devient à certains moments une sorte de Joséphine ange gardien ou peu importe quel truc dans ce goût là, débordant de bons sentiments et de sensibilité de supermarché, mais heureusement ces passages sont vites rattrapés, ils se noient dans le reste et on les oublie, il s'en sort bien. Son Antigone perd paradoxalement tout aspect humain et tout sympathie, comme quand on apprend à connaître quelqu'un qu'on admirait et qui se révèle être un trou du cul, on se dit "ah, c'est que ça ?", ici, le personnage est beaucoup plus du côté du ressenti, de ses émotions qu'elle écoute constamment avec une attention lassante que dans le conscient, le choix réfléchi, la décision. On perd de la grandeur, du tragique, elle est sans cesse habitée et mise en mouvement par quelque chose "qui vient de plus loin que moi", et c'est le problème, ça n'est plus un être humain seul qui dit non et qui s'oppose consciemment, elle n'est qu'une marionnette manipulée par quelque chose qui la dépasse, elle ne fait que subir, elle n'est rien, plus du tout intéressante par sa démarche consciente et volontaire.
La fin du roman reprend un peu du poil de la bête, mais semble hésiter, faiblement, et trop tard. Rien n'est assez frontal dans ce livre.
Ce qui m'a beaucoup gêné aussi, c'est ces délires de pensée magique, de non-limite au psychologique, les effets largement démesurés de l'esprit sur les choses, chez certains écrivains dans certains contextes, j'aime énormément, mais là, honnêtement, ça m'a semblé grotesque et irritant.
Pour conclure et résumer, la démarche de prendre le récit avant les événements bien connus, ceux de l'Antigone d'Anouilh (entre autres), est très très intéressante, un choix vraiment judicieux, mais la réponse qu'apporte Bauchau pour cette construction d'Antigone me semble totalement inappropriée, presque absurde, et en tout cas fortement décevante. On trouve une Antigone bien fragile, faiblarde, c'est une petite fille, même après tout ce qu'elle a vécu qui dépasse pourtant largement une vie normale, elle est tour à tour trop idéalisée, doucereuse, et en même temps qui perd toute sa puissance, qui n'est qu'une pauvre poupée de chiffon, vide, sans volonté, qui se laisse porter en étant tout juste consciente de ce qui se passe, le tout au milieu d'un axe temporel souvent étrange, de clichés un peu gros, suintant de convenu, mais malgré tout, qu'est ce que c'est beau comme écriture ! Tellement beau que ça m'embête de démolir ce livre, j'aimerais l'aimer, et je ne peux pas entièrement le déconseiller, parce que quand même, tous les points négatifs que j'ai cités sont portés par la plume de Bauchau.

Lundi 28 décembre 2009 à 11:02


http://www.decitre.fr/gi/13/9782070373413FS.gif
Marguerite Duras, La vie tranquille.

Le roman commence bien, j'aime souvent beaucoup les entrée in medias res quand ils ne sont pas trop appuyés, juste ce qu'il faut, comme ça. Il s'ouvre sur une action violente, mais c'est Duras, et donc elle la fait durer dans le temps, elle l'étire. Les événements s'enchaînent, et ce ne sont pas de petits événements, mort et passion amoureuse sont au rendez vous, mais à travers la narration de Francine, tout ça parait presque banal. Elle est comme indifférente, comme hors de la vie, de ce qu'elle nous décrit, on entend presque jamais sa voie, tout parvient comme étouffé. Et à la longue, ces drames relatés de façon si neutre, qui va jusqu'au monotone, deviennent assez dérangeants, on sent un certain malaise, surtout dans la deuzième partie où la narratrice semble de plus en plus insensible à ce qu'elle décrit et vit, mais en même temps, réalise qu'elle n'y est pas du tout extérieure, elle est même au centre de tout ce qui se passe, elle est le point de départ des malheurs qui déchirent ceux qui l'entourent. On continue d'aspirer à la vie tranquille, alors que tout semble contredire le fait qu'elle soit possible. Le roman crée vraiment une drôle d'impression, il est assez particulier au début, il semble rébarbatif, on ne voit pas trop où va tout ça, mais en continuant, on y trouve un grand intéret et on le suit avec une attention inquiète la narration très réussie de Francine, qui semble assez lourde au commencement, mais qui est en réalité fort bien construite et tenue. C'est le genre de romans à retardement que j'aime bien. Un bon Duras pour moi, peut être pas le meilleur ni le plus simple (à apprécier) mais loin d'être le moins bon. J'ai beaucoup aimé. Beaucoup.

Jeudi 3 décembre 2009 à 18:12


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Pitié pour les femmes, Henry de Montherlant.

Cet ouvrage est le deuxième volume d'un ensemble de quatre, dont le premier était Les jeunes filles, roman étrange, à la forme étonnante, incertaine, à la fois intéressant et un peu dérangeant. Ce second volume lui est nettement inférieur. Il n'a plus cette forme composite qu'avait le premier, enchaînant plusieurs types de documents : extraits d'articles, narration, lettres avec ou sans réponse, qui se croisent, parlent les unes des autres etc. Ici, une narration classique la plupart du temps, des lettres aussi, mais insérées de façon banale, et qui apportent beaucoup moins que dans le premier roman. Rien de surprenant ou d'inhabituel, le lecteur n'est pas déstabilisé dans la forme. Dans le fond ; pas plus. L'auteur s'applique à rendre son personnage aussi haïssable qu'attachant et intéressant, mais justement, il s'y applique trop pour que ça fonctionne, il force juste le trait par rapport au premier volume plus complexe, plus efficace. Le personnage finit par devenir indifférent au lecteur, il perd toute sa saveur, n'est absolument plus surprenant, on se désintéresse de ce qui peut bien se passer. Même l'écriture m'a semblé forcée, moins spontanée que dans le premier volume. Pourtant, on ne peut pas dire que le livre soit inintéressant, il se lit, on se laisse porter par le récit vu qu'il ne prend plus de chemins détournés, on avance dans le livre, il n'est pas désagréable si on accepte le personnage comme il est (un fumier fini, mais intelligent aussi, c'est bien ça le problème), ce qui est quand même l'intérêt de ces livres. Même s'il est moins savoureux que le premier, ça ne veut pas dire qu'il ne l'est pas. Mais ça n'est pas un livre qui me laissera de grands souvenirs. Peut-être les deux autres de la série sont ils meilleurs, celui ci ne serait qu'une transition un peu faible ? C'est possible, et si les volumes suivants me tombent sous la main un jour le les lirais sûrement, mais avec de moins grandes attentes.
 

Mercredi 2 décembre 2009 à 22:15


http://www.renaud-bray.com/ImagesEditeurs/PG/200/200156-gf.jpg

Mrs Dalloway
, V. Woolf.
 
"Virginia Woolf, Virginia Woolf, on en parle partout, tout le monde connaît, il faut absolument avoir lu ses bouquins, et pourtant, moi je n'ai jamais rien lu d'elle, alors essayons, prenons en un un peu au hasard, on verra bien ce que ça vaut." mes disais-je en en tirant un des rayons de la librairie. Je ne savais donc pas du tout à quoi m'attendre, ni ce que c'était, je ne savais que très peu de choses sur l'auteur. Mais bon, comme elle est citée dans une chanson de Laura Veirs, je dois aller voir quand même. Je n'ai pas été déçu ! Un récit polyphonique, la narration passe comme par contamination d'un personnage à un autre, sans aucune cohérence apparente au début, et puis on commence à connaître les personnages, on comprend un peu l'ensemble, on se rend compte que c'est un roman formidable. Bien sûr, quand on ouvre le livre, on est un peu déconcerté par la subjectivité de la narration, le passage d'un point de vue à un autre, l'utilisation (jouissive) du discours indirect libre, mais très vite, on est aspiré dans l'œuvre par ces procédés, la lecture, un peu difficile dans les premières pages, va d'elle même. Les phrases sont magnifiques, ça coule, coule, coule, nous porte, on est pris dans le courant, les pages et les heures passent sans qu'on s'en rende compte, on est parfois arrêté dans la lecture pour revenir en arrière, soit dans la phrase pour la reprendre, soit dans le livre pour vérifier un événement passé, mais même ça ne brise pas la magie de la lecture, j'ai réellement été charmé, au sens propre. L'écriture est très riche, et le livre entier l'est aussi, c'est un livre qui mérite et réclame même d'être relu pour être pleinement apprécié, on le redécouvre vraiment. Je ne dis pas pour autant qu'il est facile, il ne l'est pas, mais il est tellement bien fait et bien écrit qu'il est rendu facile. Je me demande ce que ça rend en anglais non traduit, ça me fait un peu regretter de n'être pas à même de le lire en version originale. Des longueurs, oui, il y en a bien, mais l'écriture nous les fait oublier, elle virevolte et porte le lecteur de phrase en phrase, de personnage en personnage, on ne sait plus où s'arrêter, il n'y a pas de pause, on est happé. L'effort sur la psychologie des personnages, le point de vue du narrateur sur eux, la façon de raconter, points de vue et procédés, la vision, tout m'a plu dans ce livre incroyablement dynamique. C'est sans aucun doute un trésor, on ne peut pas passer à côté. J'en lirai d'autres de V. Woolf, c'est certain, si tous sont aussi enthousiasmants que celui là, ça sera une merveille. Lisez le, sans hésiter, il est excellent, c'est un livre qui remotive et redonne le goût des lettres quand on en a assez de lire des choses insipides ou gentillettes mais sans plus. Formidable je vous dit !
 

Mercredi 2 décembre 2009 à 21:36


http://www.images-chapitre.com/ima0/original/031/556031_2847219.jpg(en vrai la couverture n'est pas aussi moche, elle est plus foncée, désolé, j'ai pas trouvé d'image mieux)

Véronique Olmi, Je nous aime beaucoup.

C'est une pièce de théâtre très courte, très vite lue. La situation présentée est extrêmement classique, voire banale : à l'occasion du mariage d'amis communs, cinq personnes se retrouvent coincés à la campagne au milieu de rien, dans une maison qui tremble sous l'orage, et donc les anciennes relations des personnages refont surface, jalousies et conflits, et puis clash avec les nouveaux. Je suis d'accord, jusque là ça fait pas envie, on dirait un téléfilm français qui ne promet rien de bon. Et pourtant. C'est pas désagréable. Simple et plutôt drôle, même si parfois un petit peu convenu et attendu, on sourit, on rit peut être, on prend du plaisir. Les personnages sont des connards. Tous. Mais tous ont aussi des côtés attachants ou touchants. C'est parfois méchant, mais pas de la façon dont la situation le laisserait penser, ça ne tourne pas trop à la caricature de cette scène déjà mille fois revue contrairement à ce que je craignais. Une pièce sympa, efficace même si je suppose qu'il ne faudrait pas qu'elle soit plus longue, au bout d'un moment, ça saoulerait, là, elle trouve pile sa durée, courte, elle est agréable, fait un peu rire, et pour pas mal, bien réfléchir aussi, on se dit un peu "et moi ?". J'ai bien aimé. Pour se distraire, pas mal, même si ça n'est pas le prochain Nobel.


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