des-mots-sans-bruit

(biblio-blog)

Mercredi 24 juin 2009 à 10:19

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Victor Ségalen, Le fils du Ciel.

L'histoire d'un empereur chinois à la fin de l'empire, figé dans des traditions lourdes et rigides il est incapable de s'ouvrir à l'arrivée des occidentaux, ni de leur résister, c'est sa fierté et son orgueil qui vont le briser. L'empereur lui même, le Fils du Ciel, est écrasé par les ancêtres, le passé glorieux et glorifié, les cérémonies, codes et symboles, il est pris dans une continuité temporelle dont il ne peut se sortir, ce qui va le mener progressivement à une démence sans âge, à trop incarner son rôle.
Le récit est fait de l'intérieur de la cour, au plus près de l'empereur, il est donc subjectif, parsemé de non-dits, il faut décoder souvent les textes officiels. L'écriture très particulière est une espèce de reproduction du style impérial. Pour cette raison, il est relativement difficile à lire au début, les premières pages nous déconcertent beaucoup on se demande devant quoi on est. Et puis assez vite, on s'y fait, on adhère complètement au style, l'histoire part et on s'y attache, on tombe dedans, le mode de narration ne gêne plus du tout et ça devient carrément passionnant. C'est un rise & fall, on suit l'empereur du début glorieux de son règne à sa fin tragique à travers le pinceau de l'analyste officiel.
C'est un livre qui peut clairement sembler difficile au début, mais qui vaut franchement le coup qu'on se pousse un peu. C'est une merveille d'une beauté impressionnante, j'encourage tout le monde au moins à essayer. Il n'est pas très cher il me semble, mais comme il doit être libre de droits, je l'ai entièrement numérisé et peut être que je le mettrai en ligne un jour, disponible au téléchargement, mais il faut d'abord que je le relise, le corrige et fasse la mise en page, ce qui est très très long et laborieux comme vous vous en doutez, donc c'est pas pour demain. Ce livre a une richesse incroyable, mais il est plus riche encore quand on a déjà lu les Stèles de Ségalen, et sans doute aussi quand on a lu équipée que je n'ai pas encore lu, et Briques et tuiles que j'adorerais lire dans ces si belles et si chères éditions Fata Morgana, et sa correspondance. D'ailleurs si quelqu'un veut me les offrir :-)
Bref, pour conclure : c'est une merveille !

Mardi 23 juin 2009 à 9:27

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Philippe Djian, Crocodiles.

On m'avait dit que je devrais le lire, que c'était sans doute pas d'une valeur littéraire dingue mais que c'était une lecture très agréable, qu'on passait un bon moment. Je suis d'accord : ça n'est pas d'une valeur littéraire dingue. Sur le reste, je suis moins d'accord. Le principe des six nouvelles me semblait déjà un peu con-con, mais enfin parfois on a de bonnes surprises, là non. Ces gentilles petites histoires nous montrent des personnages qui sous leur cuir épais de crocodiles ont en fait un bon fond, et même un cœur gros comme ça (rhôôô, c'est kro meugnon).
L'auteur se prête là à un véritable exercice de style : il adopte une écriture d'une platitude incroyable.  Le style du récit court est assez mal maitrisé à mon avis avec des chutes qui n'en sont pas, qui se trainent, sans surprise, c'est l'équivalent littéraire d'un pétard mouillé. Ses tentatives pour rendre l'écriture ou le récit incisif sont assez navrantes à mon avis et en tout cas elles échouent parfaitement. Je n'ai rien trouvé dans ce livre, rien, ni le plaisir de l'histoire ni de l'écriture, et encore moins celui d'une surprise quelle qu'elle soit. Par moments ça m'a un peu fait penser à Cruels 13 de Luc Lang, mais en raté et version bisounours. Pour résumer, deux solutions : soit je suis passé complêtement à côté du bouquin et je n'ai rien compris, soit il n'a absolument aucun intéret et aucune saveur (je penche plutôt pour la seconde proposition), il n'a d'ailleurs même pas le mérite d'être complêtement nul et détestable, il est juste très médiocre, on s'ennuie une petite heure à le lire, et puis on l'oublie. Je vais mettre un moment avant de lire un autre livre de lui. Lequel est bien ?
 

Dimanche 21 juin 2009 à 11:57

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Colette, Le blé en herbe.

Le livre nous rapporte l'histoire de deux enfants qui vont grandir d'un seul coup durant l'été, un coup brutal et douloureux, et qui vont découvrir un amour plus réel que leurs illusions d'enfants, ils vont grandir tous les deux par des chemins différents mais qui aboutissent au même point. Ce livre a réussi à réveiller ma misandrie qui a le sommeil très léger il est vrai et qui une fois debout est plutôt féroce. Le personnage masculin, Phil, est un abruti fini. Non, pire que ça, c'est une immonde enflure stupide. Non, pire que ça encore : c'est un garçon de 16 ans. Je sais, c'est moche, ça ne devrait pas exister, mais que voulez vous, on a pas encore de vaccin malheureusement, il parait qu'il faut faire avec. Ce qui est problématique avec les ados mâles (si peu mâles en réalité) c'est qu'ils ont beau être ce que la terre porte de plus méprisable, de plus laid, stupide et écœurant, ils sont absolument persuadés du contraire, ne peuvent d'ailleurs pas envisager la possibilité de l'éventualité que peut être un autre point de vue que le leur puisse exister, ils sont, individuellement, l'incarnation de l'égocentrisme, de l'orgueil. Certains restent ados jusqu'à la fin de leur vie, mais ça je ne peux pas vous dire ce que j'en pense car les appels à la haine et à la violence sont punis par la loi. Bref, je dévie, revenons au personnage, Phil, qui, comme tous ceux de son âge, grisé par la séduction qu'il commence à peine à découvrir, a besoin de se sentir homme (quelle illusion !) et pour ce faire, joue avec les sentiments de la fillette sa camarade de jeux depuis l'enfance, amour-vanité, ce qu'il y a de plus haïssable au monde, il la rend amoureuse de lui pour se sentir aimé, et, pour ne pas trop culpabiliser d'être un salaud, il se persuade vaguement qu'il l'aime aussi.
Seulement il va à son tour tomber sur une femme qui va l'ensorceler, le faire sortir de l'enfance (hum hum) et puis disparaître, le laisser tomber d'un coup. C'est donc dans la douleur que Vinca et Phil grandissent en l'espace de quelques semaines et portent un regard rétrospectif plutôt amer sur leur innocence. L'écriture de Colette, que je n'avais jamais lu encore, nous porte vraiment, on reste avec le souffle suspendu mot après mot, l'histoire est très prenante, précise, elle va à l'essentiel, la façon de centrer le récit sur les personnages est assez formidable, et le jeu féminin / masculin tout le long du livre est aussi fin qu'intéressant. Ce livre est très plaisant, je l'ai beaucoup aimé, il est subtil et décrit à la perfection les personnages et leurs sentiments, au point que parfois c'est difficile de lire ça tellement on retrouve des choses qu'on ressent, qui nous correspondent intimement. Un excellent livre, et je n'ai aucun reproche à faire, aucun défaut.

Mardi 16 juin 2009 à 11:45

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John Steinbeck, La perle.

Dans un village de pécheurs plus que pauvres, Kino découvre un jour la perle la plus grosse du monde, celle qui devrait permettre de soigner son fils, de lui assurer une vie meilleure que la sienne, bref, de répandre le bonheur et la lumière. Mais bien sûr, c'est l'inverse qui se produit, la perle corrompt tout et tout le monde, et bientôt le bonheur simple et délicieux qui ouvre le livre est rendu impossible. L'écriture est extrêmement simple, elle est comme le bonheur et la vie des personnages ; d'une beauté naturelle, elle ne cherche pas d'effets, ne tente pas de rajouter ou de souligner le tragique ou le pathos, elle est limpide, ce qui accroche véritablement le lecteur. On est moins innocents que les personnages, on pressent plus distinctement le pouvoir de corruption de la perle, mais pourtant on ne peut s'empêcher d'espérer jusqu'à la fin, ou en tout cas, on suit fébrilement page après page les mouvements des trois personnages dans ce livre trop court. C'est un livre qui fait battre le cœur un peu plus vite et qui laisse une réelle impression, sans doute pas impérissable, mais on garde au moins le souvenir d'un délicieux moment de lecture. Plutôt qu'un roman, c'est une grosse nouvelle, merveilleusement bien menée. A lire absolument, c'est délicieux et ça ne vous prendra pas longtemps.
 

Lundi 15 juin 2009 à 13:33

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Hermann Hesse, Le loup des steppes.

Il y a quelques années déjà que je me disais qu'il faudrait que je lise ce livre. A cause de easy rider. Mais si, pour la musique, Born to be wild. Comment quel rapport ? Mais enfin c'est évident, le groupe qui chante ça s'appelle Steppenwolf qui s'écrit pareil en allemand et qui veut dire loup des steppes ! Tout simplement. Résultat, j'aime mieux la musique que le livre. Il nous rapporte l'histoire d'un homme qui se décrit lui même comme un loup des steppes, un misanthrope un peu sauvage tiraillé entre son moi sociable de culture bourgeoise et le loup cynique et né pour être sauvage. Il a de plus en plus de mal à supporter la situation et il voudrait bien se suicider, mais ce pauvre chéri a peur de la mort, ce qui pose quand même un petit problème et ce pour quoi il se déteste d'ailleurs encore plus. Mais c'est alors qu'il rencontre une jeune femme qui va lui apprendre à vivre en harmonie avec lui même, ou en tout cas l'amener vers ce but. C'est clairement un roman d'apprentissage pour ce personnage déjà grisonnant et pourtant profondément ado, empreint de romantisme, se posant des problèmes existentiels gentillet, bref, un bon ado moyen et pour cette raison relativement irritant. C'est long. Très long et ça démarre lentement, une fois que c'est parti, ça va mieux, mais il faut un peu se forcer. Je n'ai pas du tout accroché, je n'ai pas compris l'enjeu et l'intérêt de la mise en abîme de l'auteur et de l'écriture, c'est répétitif, un peu simplet et surtout complètement halluciné, pourtant, je ne peux pas non plus dire que ça soit nul. Ça m'aurait peut être pas déplu si je l'avais lu à quatorze ans, mais là, j'ai eu du mal. Si vous avez le choix, je vous conseille plutôt de regarder le film The Wall qui n'a à peu près rien à voir mais auquel j'ai pensé en lisant certaines petites choses et qui lui est génial, moins long, et plein de bonne musique en plus.

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