http://idata.over-blog.com/1/07/20/23/2009/Rosie-Carpe-001.jpg

Marie NDiaye, Rosie Carpe.

J'avais commencé ce livre, alors emprunté à la bibliothèque, il y a un peu plus d'un an. Malheureusement, j'avais été contraint de l'abandonner devant des obligations scolaires de plus en plus pressantes et envahissantes. Je m'y relance donc. Aux premiers mots, je me suis assez bien souvenu de l'histoire, de l'ambiance et du style, et c'est aussi pour ça que je ne l'avais pas continué à l'époque en le lisant par exemple dans le train le matin et le soir ; c'est un livre difficile. Le style de Marie NDiaye, sublime mais dur y est très présent, ça n'est pas d'une fluidité facile d'accès, elle retarde toujours les événements par des phrases longues, la syntaxe met comme des obstacles sur le déroulement de la phrase, qui retardent le lecteur dans sa recherche de l'information, et quand celle-ci arrive, elle est incertaine, prise dans une sorte de brouillard épais. Alors à la phrase suivante, et dans tout le paragraphe, on essaye de se rapprocher, on tourne autour de la chose en avançant peu à peu, mais jamais de façon frontale. Bien sûr, ça peut paraître désagréable comme écriture, très étrange, mais si on se donne la peine d'essayer, même si vraiment on ne s'y fait pas, en faisant l'effort d'aller jusqu'au bout, je pense qu'on ne peut que se rendre compte que cette écriture difficile est formidable, d'une beauté et d'une richesse infinie. Les thèmes de l'auteur sont là : Famille, une certaine dévoration, recherche de soi, et perte aussi, l'étrange. Avec tout ça, vous vous en doutez, l'atmosphère est assez spéciale, glauque, étrange, tout est incertain, brumeux, on dirait presque crasseux, on ressent comme quelque chose d'avilissant, menaçant et honteux ; c'est très très fort, très puissant ce qui est créé par cette écriture, parfois carrément dur à lire, on a pas envie de lire le mot qui suit, c'est une répulsion presque physique, et pourtant, on continue, parce que, parce que je ne sais pas, mais il y a une sorte de charme qui nous tient, on est accroché au texte. C'est un texte qui touche, qui entre en nous, parfois affreusement.
L'histoire est celle d'une femme, Rosie Carpe, racontée d'une façon non linéaire (mais presque). On apprend à connaître sa vie, comment elle est arrivée là où on la voit quand on ouvre le roman, puis ce qui se passe ensuite pour elle et les siens. C'est aussi une histoire de famille. Terrible, douloureuse à lire, monstrueuse et étrange encore. Les points de vue varient aussi entre plusieurs personnages, principalement Rosie et Lagrand, dans un passage qui peut sembler surprenant quand il se produit, mais est en réalité tout à fait bienvenu. Les personnages sont différents, absolument différents, mais le fait de passer de l'un à l'autre ne change en rien l'écriture ou la façon d'envisager et de dire le monde, on reste dans le même univers, souvent oppressant, gélatineux, décrit avec une force à nulle autre pareille. Je m'attendais à une fin plus brutale, simple (et quelque part décevante), mais jusqu'au dernier mot, on ne sait pas où on va, on avance dans quelque chose qu'on ne connaît pas, qu'on ne comprend pas vraiment, qu'on cherche à interpréter en se demandant toujours si on a raison, si il y a des liens, si on peut comprendre des choses, l'auteur crée chez le lecteur par rapport au livre la même attitude qu'ont ses personnages par rapport à la vie. D'une force, d'une efficacité peu commune, c'est dur, dérangeant, douloureux, mais superbe, incroyablement bien écrit. J'ai beau aimer beaucoup Marie NDiaye et m'attendre au meilleur en ouvrant un de ses livre, il est encore possible de prendre des baffes comme celle là, d'une prodigieuse puissance, d'être encore étonné et sonné par ses livres, par à la fois le style, l'histoire et l'univers particulier, de façon homogène, sans qu'on puisse dire ce qui est le plus important. Incroyable.